Blog de Isotope

Isotope : mise au point et suspension


Nous avons créé Isotope au cours de l’année 2021 alors que l’avenir du nucléaire était très incertain en France. Nous souhaitions créer une entreprise supportant cette technologie et permettant à chacun de voter en sa faveur par ces choix de consommateurs. Depuis notre lancement les marchés de l’énergie ont été très mouvementés, les nouvelles concernant le nucléaire se sont multipliées et la situation de notre entreprise a évolué. Nous publions cet article pour faire le point sur ces évolutions et vous faire part de la suite que nous souhaitons donner à Isotope dans ce contexte.
 

Le renouveau du nucléaire

En France comme en Europe, les lignes ont largement évolué sur la question du nucléaire au second semestre 2021. 

D’abord avec l’annonce du président de la république de la construction de nouvelles centrales nucléaires en France en novembre dernier1. Nous nous réjouissons évidemment de cette annonce et sommes impatients d’avoir les détails de ce plan de construction qui peine à se préciser. 

Ensuite grâce à la publication du projet de taxonomie verte de Bruxelles qui inclut bel et bien le nucléaire2. Cela nous paraît être une évidence mais ce n’était pas gagné d’avance tant les pays partisans du 100% renouvelable (Allemagne, Belgique,  Autriche, Luxembourg …) ont été virulents dans ces négociations. L’inclusion du nucléaire s’est faite au prix d’une concession lourde que nous regrettons tant elle s’oppose à l’idée d’une transition énergétique efficace : la reconnaissance du gaz comme une énergie de transition. Réjouissons nous tout de même de l’essentiel, le nucléaire pourra grâce à cette taxonomie bénéficier d’un accès à des financements compétitifs ce qui devrait permettre d'accélérer les prises de décisions concernant la construction de nouveaux réacteurs en Europe (France, Pologne, Pays-Bas, République Tchèque …). 

Enfin la publication des études prospectives Futurs Énergétiques 2050 de RTE a réaffirmé la pertinence économique du mix électrique comportant une part importante de nucléaire. Les travaux menés par RTE ont pour objectif de proposer différentes trajectoires d’évolution pour le mix électrique de la France entre aujourd'hui et 2050. Les conclusions sont assez claires, peu importe les hypothèses plus il y aura de nucléaire dans le mix électrique en 2050 plus les coûts de fonctionnement du système électrique seront faibles. De la même manière un système avec une grande part de nucléaire a une empreinte carbone plus faible, utilise moins de surface au sol et de métaux critiques.
 

Crise énergétique

Ces derniers mois ont été marqués par une explosion du prix de l’énergie sur les marchés et donc de l’électricité. La violence de cette augmentation est sans précédent pour le gaz et l’électricité.
 

Prix de l'électricitéSource : EEX
 

Ces évolutions de prix ont diverses raison : d’abord l’envolé du prix du gaz sur le marché international, ensuite l’augmentation du prix de la tonne de CO2 en Europe qui a renchéri le coût de fonctionnement des centrales charbon et à gaz*, une production éolienne faible en Europe, des températures plutôt faibles, ainsi qu’une moindre disponibilité du parc nucléaire en France qui reporte d’autant plus la demande sur le gaz. Le marché européen étant très intégré, la France subit la hausse des prix (sur les marchés de gros) comme ses voisins alors même qu’elle ne produit que très peu à partir du gaz et du charbon.

Les conséquences de ces hausses de prix sont lourdes : faillites de fournisseurs, augmentation des prix violents pour les industriels exposés aux marchés entraînant des arrêts de production… Pour limiter la répercussion de la hausse des prix du marché sur les petits consommateurs finaux (résidentiels et petits professionnels) le gouvernement a décidé une baisse de taxe inédite et de mettre à contribution EDF et son parc nucléaire. La situation est très bien expliquée ici par Jacques Percebois et Boris Solier.

Bien que cette situation soit en partie due à des facteurs externes à l'Europe, ces causes profondes sont aussi à trouver dans les choix politiques et économiques fait par l’Europe ces dernières années. On peut penser à l’absence de politique énergétique coordonnée, au déficit d’investissements publiques dans les filière bas-carbone pilotable, et à un marché qui ne valorise que très peu le caractère pilotable des installations qui le sont. Ceci nous conduit vers un système électrique de plus en plus fragile et aux marges de manœuvre de plus en plus étroites. Nous vous encourageons à lire cette note d’analyse de France stratégie à ce sujet. La conclusion est claire : en l’absence de sursaut Européen sur le sujet notre sécurité d’approvisionnement est remise en question et les coupures de courant pourraient redevenir courantes en hiver dans les années qui viennent.
 

Et nous dans tout cela ?

Nous subissons malheureusement de la même manière que les autres acteurs les mouvements violents du marché. En effet à court terme une petite structure comme la nôtre n’a d’autre choix que de s'approvisionner en grande partie sur les marchés. Bien que nous souhaitons proposer une offre 100% nucléaire, cela ne modifie pas les prix auxquels nous pouvons accéder à l’énergie comme nous l’expliquions il y a quelques mois ici. Les conditions du marché sont aujourd’hui bien trop défavorables pour pouvoir proposer des prix compétitifs avec les moyens qui sont les nôtres. En plus de cela la réglementation devrait évoluer dans les mois à venir rendant encore plus difficile pour des acteurs comme les notre d'opérer sur ce marché. Nous ne pouvons malheureusement plus nous engager sur une date de commercialisation de nos offres et nous avons donc décidé de temporairement arrêter le développement de la société. 

Finalement la crise nous a confirmé une chose : mieux vaut être à la fois producteur et fournisseur pour être capable de surmonter ces événements. Vous en conviendrez, ceci n’est cependant pas une mince affaire lorsque vous souhaitez proposer une offre reposant sur le nucléaire.

Nous vous remercions grandement du soutien que vous avez manifesté à notre projet en vous inscrivant et en partageant le projet autour de vous. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés si la situation venait à évoluer pour nous.


*un MWh produit par une centrale à charbon émet environ 1 tonne de CO2 contre 0.5 tonne pour une centrale à gaz, en ce début d’année 2022 la tonne de CO2 se négocie autour 80 euros en Europe.

Sources : 

1. Emmanuel Macron lance la construction de nouveaux EPR en France
2. Bruxelles dévoile un projet de label vert pour le gaz et le nucléaire
 

Ecrit par Simon Lembeye
Co-fondateur & CEO

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